Etienne Audibert, à l'origine du CERCHAR à Verneuil-en-Halatte

Publié le 3 Mai 2022

Depuis une quinzaine d’années, une rue de Verneuil porte le nom d’Allée Étienne Régis Audibert, honorant ainsi une figure majeure du CERCHAR (Centre d'Etudes et Recherches de Charbonnages de France) et donc de notre cité.

Depuis le CERCHAR est devenu l'INERIS, Institut national des risques et de l'environnement industriel.

Étienne Audibert naît à Marseille le 14 mai 1888. Il fait de brillantes études : il est major de l’École polytechnique à 22 ans puis intègre l’École des mines de Paris. Diplômé en janvier 1914, il entre au Corps des mines, la haute administration française en charge de la surveillance des mines. De 1914 à 1920, il exerce au Service des mines d'Alès (Gard). Il participe à la Grande guerre en tant qu'officier artilleur. En 1920, il est nommé directeur de la Station d'Essais de Montluçon (Allier). Ce centre de recherches sur la sécurité dans les mines fait suite à la Station d'Essais de Liévin (Pas-de-Calais), mise en place en 1907 à la suite de la terrible catastrophe de Courrières (1099 morts), dirigée par Jacques Taffanel et détruite au cours de la Première guerre mondiale.

 

Inauguration le 8 avril 2006 de la rue Audibert par Jean-Clkaude Hrmo, maire de Verneuil-en-Halatte et conseiller général de l'Oise, et Geores Labroye, directeur général de l'INERIS

Inauguration le 8 avril 2006 de la rue Audibert par Jean-Clkaude Hrmo, maire de Verneuil-en-Halatte et conseiller général de l'Oise, et Geores Labroye, directeur général de l'INERIS

Audibert poursuit brillamment les recherches conduites à Liévin par Taffanel et en élargit le champ. Les travaux portent sur le grisou, les poussières, les explosifs, la silicose, mais aussi la cokéfaction et l'agglomération du charbon. En 1924, Audibert est appelé à diriger simultanément la Société Nationale de Recherches sur le Traitement des Combustibles sise à Villers-Saint-Paul. Il installe ses bureaux et son domicile à Senlis. Il développe les échanges avec les centres étrangers de recherche minière, instaurant notamment des réunions bisannuelles de leurs directeurs. La seconde conférence internationale se tient à Montluçon en 1933 et, plus tard, l'un d'entre elles est organisée à Verneuil. Audibert met en place des conférences-stages d'instruction pour les ingénieurs des mines. Tous les deux ans, il fait, devant la profession réunie, une revue des connaissances en matière de sécurité. Selon le témoignage de participants, il y brille d'un « éclat incomparable » car c'est un orateur « étincelant » qui sait captiver son auditoire.

Conférence des directeurs de stations d'essais des 24-27 juillet 1950 devant la porte du CERCHAR

Conférence des directeurs de stations d'essais des 24-27 juillet 1950 devant la porte du CERCHAR

La Seconde guerre mondiale vient interrompre cette période d'intense activité. Après un court exode, Audibert revient à Senlis et, en janvier 1941, le préfet le nomme maire de cette ville afin d’y réorganiser l'administration municipale. En novembre de la même année, il est poussé à démissionner suite à des dénonciations pour avoir critiqué les méthodes de l'occupant et, début 1942, il est jugé par le tribunal militaire allemand d’Amiens : celui-ci le condamne à six mois de prison. Enfermé à Amiens, il est libéré en mai 1942 grâce notamment au versement d'une rançon de 100 000 francs. Plus tard, en juin 1944, il est arrêté par la Gestapo et déporté au camp de concentration de Neuengamme, près de Hambourg. Libéré, il est ramené en France en mai 1945 par les Américains mais il est alors dans un état physique lamentable et il apprend la mort de sa femme pendant sa déportation.

Inauguration du CERCHAR le 21 octobre 1950 : -Étienne Audibert au centre et Jean Biondi, député-maire de Creil, à gauche (avec la cigarette)

Inauguration du CERCHAR le 21 octobre 1950 : -Étienne Audibert au centre et Jean Biondi, député-maire de Creil, à gauche (avec la cigarette)

Sa haute autorité morale et sa compétence exceptionnelle l'amènent à être appelé à de hautes responsabilités : vice-président du Conseil général des mines en mai 1945, président d’Électricité de France en 1947, président des Charbonnages de France en 1948. Ayant rêvé pour la France d'un grand centre de recherche pour les houillères, il œuvre, dès son retour de déportation, pour la création du CERCHAR, le 1er juillet 1947. Il prend la direction de ce nouvel organisme qui poursuit les travaux de Montluçon et de Villers-Saint-Paul. Il en développe les effectifs et conçoit et fait réaliser, de 1948 à 1950, les laboratoires de Verneuil. La première tranche du CERCHAR est mise en service le 1er juillet 1950 et d'autres agrandissements suivent, toujours sous la direction magistrale d'Audibert.

En reconnaissance de son action, Étienne Audibert reçoit la haute distinction de Grand officier de la Légion d'honneur le 14 décembre 1949. Travaillant au maximum de ses forces, il est le chef incontesté du CERCHAR, s'impliquant lui-même dans les travaux de recherche et les supervisant à la lueur de son expérience. Plusieurs problèmes successifs de santé l'obligent à prendre du repos puis à abandonner la présidence de Charbonnages de France et à se concentrer sur son but principal, la science appliquée. Une dernière attaque l'abat alors qu'il est toujours aux commandes de la grande équipe du CERCHAR qu'il a constituée et animée. Il décède le 6 juin 1954 à Paris, alors qu'il n'a que 66 ans.

Christian Tauziède pour les Amis du Vieux Verneuil

Source principale : "Etienne Audibert, 1888-1954, Sa vie ses travaux", par Lambert Blum-Picard, Vice-président du Conseil général des Mines, 

 

Rédigé par Les Amis du Vieux Verneuil

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