14-18 : Hommage aux Fusillés pour l'exemple de Sarcus
Publié le 3 Mars 2014
Le blog des Amis du Vieux Verneuil laisse la parole à Jean-Claude Flament :
"Il fallut 5 années de recherches, de 2009 à 2014, pour voir la famille Lançon se recueillir sur la tombe d’un grand-oncle et arrière grand-oncle, Julien Lançon, fusillé pour l’exemple en 1916. Les Amis du Vieux Verneuil m'ont soutenu et encouragé durant tout ce temps. Ma conférence aux AVV, en novembre 2010, avait pour thème les conséquences de la guerre dans le sud de l’Oise en 1914 et les fusillés pour l’exemple. Nul ne pouvait penser alors que quatre années plus tard notre association, en plein travail pour commémorer le centenaire de la déclaration de la première guerre mondiale, aurait aussi à rendre hommage au soldat Lançon et à son compagnon d’infortune, le caporal Marchetti. Les AVV étaient présents en 2010 lorsque le soldat Sylvestre Marchetti fut exhumé du cimetière de Sarcus, village proche de Grandvilliers. Ce lundi 24 février 2014 notre président d’honneur, Yvan Sarrazin et son épouse, Arlette, notre présidente, Christine Pineau, Pierre et Sylvie Meunier, Andrée Mazurier et Albert Lecoq étaient de nouveau à Sarcus, ainsi qu’une vingtaine de drapeaux d’associations d’anciens combattants
Venue de Provence la famille de Julien Lançon ne cachait pas son émotion. Hervé Lançon, historien amateur, auteur d’ouvrages "Mollégès notre village" et "A la recherche du temps passé : Mollégés" venait d’apprendre, tout juste trois mois auparavant, le drame qui avait frappé son aïeul. "Je recherche les racines de mon village et un terrible secret de famille m’a empêché de connaitre le sort de mon grand-oncle" dira t-il.
Qu’avez donc fait Marchetti et Lançon pour se voir attacher à un poteau d’exécution le 22 octobre 1916, après une condamnation à mort par le conseil de guerre de la 2ème Division d’Infanterie Coloniale.
Après avoir combattu sur le front belge, puis au Fortin de Beauséjour et à la Main de Massiges, les hommes de la coloniale, les "marsouins" se retrouvèrent dans la Somme en prévision de l’offensive du 1er juillet 1916. L’enfer des précédents combats ne fut rien en comparaison de ce qui attendait les coloniaux en juillet et août 1916. Epuisés, malades, mal nourris, les hommes reprirent espoir lorsqu’une promesse de repos leur fut faite le 10 août. Mais un contre-ordre arriva le même jour, ils remonteraient la nuit du 10 au 11 à l’assaut de la tranchée de la Maisonnette, à Biaches, au prétexte qu’ils connaissaient bien le secteur pour s’y être battus les jours précédents.
Un fort mouvement de mécontentement entraîna entre 200 et 300 hommes vers le canal de la Somme tout proche. Un chef de bataillon, le commandant Delfort, écrira dans son rapport " Ils sont partis l'après-midi du 10, le plus grand nombre après 17 heures, isolément ou par petits groupes sympathiques, comme pour aller se laver au canal de la Somme, ou prendre le frais sur ses bords...".
L’aumônier de la division évoquera dans un courrier "des enfantillages". Ce comportement aura pour effet direct de retarder la montée vers la Maisonnette de 24 heures, puis tout rentra dans l’ordre. Mais pour ces "enfantillages" 57 hommes passèrent devant un conseil de guerre. Dix neuf furent condamnés à mort pour abandon de poste devant l’ennemi. Ils firent appel de la sentence mais deux furent exécutés "pour l’exemple". Ils avaient 22 et 23 ans !
Dans les deux cas les familles ignoraient les circonstances de leur mort et le lieu où ils furent enterrés. Cinq années de recherches ont levé cette chape de plomb, ce secret, qui pesait sur les familles.
Dans quelques semaines le nécessaire sera fait pour que Julien Lançon rejoigne un caveau familial. Il ne restera plus à Sarcus que deux stèles rappelant que Sylvestre Marchetti a reposé dans ce cimetière pendant 94 années et Julien Lançon durant 98 ans. Personne ne se posera plus la question de savoir qui étaient ces deux hommes reposant au fond du cimetière. Se pencher sur l’Histoire c’est aussi respecter le devoir de mémoire."
Jean-Claude Flament

